LETTRE OUVERTE AU PARC NATIONAL DU MERCANTOUR
ET AUX POLITICIENS QUI LE DIRIGENT

Censure de l’État français
sur ce site et sur le loup


NOTE PRÉALABLE - Rappelons que la question essentielle de ce site était : « Pourquoi la situation vis-à-vis du loup, au Mercantour, est-elle plus conflictuelle que n’importe où ailleurs ? » Ici, se trouve une bonne partie de la réponse.


Le loup subit un régime de censure depuis plusieurs années dans le Mercantour. Tenter d’interroger le Parc National s’apparente à un véritable calvaire pour un journaliste. Tout y est fait pour décourager. Ce n’est pas faute, le plus souvent, d’une véritable envie de s’exprimer et de dévoiler la vérité de la part du personnel. L’expérience que j’en ai faite a failli aboutir. J’utilise le « je », ici, car c’est bien un bout de mon histoire que je vais vous raconter. Car aujourd’hui, inquiétés par votre engouement, les gardes du PNM vous refusent l’accès à cette page. Leur job est en jeu. Mais j’entends, avant tout, parler de la direction de cette administration et de l’État qui lui lie les mains. Car, « l’État des libertés » s’essouffle.


La pensée unique du Parc National

Il est un petit homme fort sympathique au physique atypique dont j’éviterai de vous donner la description. Ce garde du parc, ainsi que son compère et collègue - personne agréable s’il en est, m’ont accordé des interviews essentielles à cette partie du site. De même qu’ils m’ont permis de les photographier et se sont aimablement laissés filmer durant l’interview (les cassettes sont, bien sûr, toujours en ma possession). Hier vous pouviez encore lire ces interviews et voir les visages de ces deux amis.

Mais, aujourd’hui, ceux-ci ont préféré vous en retirer l’accès, cédant par là aux pressions que le PNM fait peser sur leurs épaules, lui-même à la botte du Ministère. Raison invoquée : devoir de réserve de deux fonctionnaires de l’État et non-respect du principe selon lequel « le personnel du parc ne peut donner que la position de l’État ». Je vous laisse imaginer l’écho que cette dernière phrase peut avoir dans le cœur d’un jeune journaliste attaché au droit à l’information et à la démocratie.

Certains indices laissaient présager, dès le début de mon enquête, des pratiques douteuses du PNM et de l’État qui le dirige. Face à leurs réticences et leur flagrant manque de collaboration, j’aurais dû me douter de quelque chose. En effet, à chacune de mes prises de contacts préalables (téléphone, courrier, mail, fax…), MM. Olivier et Lequette (la direction) n’ont pas daigné répondre, misant par là sur mon découragement ou, en tous cas, mon renoncement. Arrivé à Nice, face au bastion bien protégé qu’est le siège du PNM, je ne dois mon entrée qu’à la visite de M. Balarello ; je me glisse dans l’ouverture qui lui est faite.

A l’accueil, la secrétaire m’annonce que – et là, je crois entendre les réponses téléphoniques : « Messieurs Olivier et Lequette sont actuellement en réunion ». Après plusieurs heures d’attente passées en ces lieux, suite à de longues discussions avec les gens qui passent et à une consultation de l’Atlas (tronqué car sans loup) du Mercantour, ces personnages étaient toujours en réunion. Plus tard, ils étaient même absents, sortis par une autre issue… Malchance !


Le siège du Parc ou la maison qui rend fou

Le lendemain, même cirque ! Un cirque infernal ! Mais mon calvaire ne faisait que débuter. Depuis la veille, la charmante secrétaire à l’accueil avait pu ressortir du placard une « note technique », datant du 13 décembre 2002 et signée de la main de M. Olivier, avec pour objet : la « communication sur le loup ». Elle somme les agents du PNM de « ne pas se prononcer publiquement aussi longtemps que durera l’enquête parlementaire ». Résultat : le tissu de mensonges et d’ignorance que constitue le rapport de la commission (voir la page consacrée dans la rubrique « élevage ». Telle est la seule pensée autorisée publiquement.

Face à mon insistance et à la faveur d’un nouveau « siège » de quelques heures à Nice, une solution m’est proposée : « vous pouvez aller demander l’autorisation au préfet » (dont les bureaux étaient fermés, comme tous les jours au-delà de 14 heures). Le soir même, je suis bien obligé de me résigner à partir pour honorer un rendez-vous avec M. Franco, auquel je ne manque pas de parler de ce « contentieux » pour lui suggérer un appel à un ami : M. Olivier.

Le lendemain, à la préfecture de Nice, j’ai très vite compris pourquoi j’avais été envoyé là, hors de la ville. Dans la hâte (fermeture à 14h !), je voyage d’un bout à l’autre des bâtiments comme dans « la maison qui rend fou », caricature d’une administration sans fin. C’est à ce moment, alors que je me perdais dans les méandres de la préfecture face à une probable impasse, que je reçois LE coup de téléphone. Incroyable !

Pour la première fois, j’étais en contact direct avec la direction du parc : en l’occurrence, M. Olivier. Est-ce mon insistance qui l’avait convaincu de me laisser faire l’interview des agents du Parc ? Ou alors l’influence de M. Franco ? Ou encore la conviction qu’un apprenti journaliste belge ne représentait pas le moindre risque pour la forteresse érigée à Nice ?

La dictature odieuse de l’U.M.P.

À partir de là, après une semaine infernale dans le bain bouillonnant de la baie de Nice, je peux me rendre le cœur léger sur les hauteurs des Alpes-Maritimes, au cœur de l’univers naturel et paisible du Mercantour et de la Vésubie. Je reçois bon accueil dans la maison du Parc et la collaboration des agents est agréable et bienveillante. À ceci près que je les sens très préparés et leur discours est limité. Très vite, je les vois se perdre entre ce qu’ils doivent, ce qu’ils peuvent et ce qu’ils veulent répondre. Par gratitude envers la décision finale de M. Olivier et par respect pour ces deux personnages qui ne sont pour rien dans ce système d’ « étouffoir de l’information », je décide de n’en rien mentionner dans mon reportage. De même que, tout naturellement, j’évite les innombrables infos « off » qu’ils me donnent et je n’insiste pas sur ce qu’ils crèvent de vouloir me dire.

Mon reportage mis en ligne sur Internet, je préviens les agents du PNM pour qu’ils le consultent. Le lendemain, coup de théâtre : ceux-ci retournent leur veste. Pas question de permettre l’accès plus longtemps à leurs propos. Bien sûr, c’est leur vérité ! Mais justement : ce n’est pas celle du Ministère ! Ils préfèrent censurer eux-mêmes les pages qui les concernent, anticipant ainsi sur les graves problèmes que la direction pourrait leur causer.

Pourquoi le Parc ne peut communiquer d’autre opinion que celle de l’État ? Qui tire les ficelles du PNM ? « L’État », nous dit-on, là-bas ! Le Ministère de l’Environnement, et Roselyne Bachelot a fortiori, se fichent bien du loup. En revanche, l’ami U.M.P. Christian Estrosi, qui a fait du loup son cheval de bataille, semble devenir une mascotte du parti au pouvoir, pour le département des Alpes-Maritimes. Qu’importe la façon dont il a rallié son électorat ; son combat anti-loup n’est qu’un appât. La fin justifie les moyens.


Protection du loup : protection de l’information

Nous savions déjà combien la vision de l’État (comme celle de la commission d’enquête) était liée à celle de M. Estrosi, maître incontesté de la récupération politique du « thème loup ». Maintenant, un lien clair et solide, vient d’être mis à jour par la direction du Parc, entre celle-ci et l’État. On peut donc en conclure que le PNM, c’est l’État. Et l’État, actuellement, c’est l’U.M.P., c’est-à-dire, sur le sujet qui nous concerne : M. Estrosi. On l’entend déjà se flatter : « l’État, c’est Moi », ou encore « le PNM, c’est Moi ».

Mais le cas Estrosi ne peut suffire à tout expliquer. Nul ne peut nier que la direction de PNM répond également à des tendances écologistes. Dès lors, la protection de l’information serait, par la même occasion, une forme de protection du loup. Peut-être est-ce la meilleure stratégie pour le loup ; la population de l’arc alpin français a augmenté ces deux dernières années ! Mais cette stratégie est-elle durable avec l’arrivée d’Estrosi ? Rappelons-le, depuis le rapport biaisé de la commission, les questions sur le loup sont en suspens et l’animal est mis en péril au parlement.

Le PNM a donc beau jeu de reprocher aux journalistes d’écrire des absurdités sur le sujet – cet article n’y coupera pas. Tant que la direction continuera à se murer dans le silence, les observateurs devront s’en contenter. Ou alors, ils pourront s’en remettre au rapport de la commission d’enquête parlementaire et aux élus… Mais ce serait pire encore !

 

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2004 Association www.loup.org / Benjamin Moriamé