Le loup assure vie et santé à ses proies
"La faune sauvage du Mercantour se porte mieux depuis la présence du prédateur", c'est une évidence scientifique. Le loup est un grand chasseur, certes. Mais ses proies n'en sont que plus véloces. Pour se nourrir, le loup doit faire preuve de grandes qualités intellectuelles et physiques. Le loup n'attaque jamais seul, varie ses techniques de chasse très élaborées, mais surtout, sélectionne soigneusement sa proie. Ce sont les plus faibles - vieux, malades... - qui sont la cible du prédateur. Les animaux en pleine santé sont intouchables. A eux de le rester... jusqu'à la prochaine chasse. Ainsi se perpétue la sélection naturelle et, avec elle, la santé des troupeaux. Car sans le prédateur, il n'est plus de nature, ni de santé...
Hors de toute prédation, la démographie des troupeaux n'est pas contrôlée. C'est alors toute la flore et la faune qui en souffrent. Photo: www.chassescanada.com
Du prédateur dépend la proie - Le loup chasse... la maladie
Du prédateur dépend la proie

Les loups exercent une chasse très organisée. Chacun semble savoir précisément quel rôle tenir, selon les situations. Ils créent des ouvertures au cœur d’un troupeau soudé, ils agissent comme leurres pour d’autres loups embusqués, se cachent et ne bondissent qu’après avoir identifié une proie faible à leur portée, ils l’isolent,… Comme on ne peut imaginer qu’ils établissent un plan préalable, on peut supposer que les tactiques révélées par ces choix complexes et la capacité d’adaptation sont apprises au cours de l’éducation des louveteaux.

Malgré ce que l’on a pu découvrir sur la complexité et la variété des techniques de chasse, il est bon de rappeler que dix pour cent d’entre elles seulement s’avèrent fructueuses. La cohésion d’un troupeau de buffles, l’agilité d’un mouton des montagnes sur les pentes escarpées, les coups de sabots ou la vitesse de course des cervidés presque toujours supérieure à la sienne sont autant d’armes de survie qui peuvent forcer le loup à rentrer bredouille. Car, à mesure que le loup perfectionne ses techniques de chasse, ses proies développent d’au moins autant leurs aptitudes à survivre. Les loups ont ainsi très largement contribué à l’évolution d’espèces comme l’élan, l’orignal, le caribou, le bison, le mouton des montagnes,…

Ce phénomène confirme à la fois une croyance ancestrale sur l’interdépendance prédateur-proie et précise un point crucial de ce que nous avons coutume d’appeler sélection naturelle. C’est pourquoi l’on peut dire que le loup contribue à la biodiversité de son territoire, qu’il assure la santé de ce qu’il chasse, au contraire de l’homme qui génère des troupeaux apathiques et peu farouches. Chose qui l’arrange d’ailleurs bien pour faciliter la chasse et attirer les touristes.

Le loup chasse... la maladie

Le phénomène le plus épatant chez ce légendaire maître des chasses, c’est la sélection qu’il fait de ses proies. Comme l’expliquent tous ceux qui ont pu l’observer, le loup qui chasse est très patient. Il observe longuement. Il cessera le repérage et ne se mettra en action que s’il détecte un individu faible, malade, taré génétiquement ou vieilli. Une analyse de moelle chez la victime permet de le vérifier quasi systématiquement. Il ne s’agit pas de révéler une quelconque éthique du loup ou un éventuel sens moral mais bien de mettre en évidence son rôle essentiel dans l’équilibre de la nature à travers l’idée que le loup chasse les plus faibles par simple mesure de facilité, ou plutôt en fonction de ses propres aptitudes. D’ailleurs, faute d’autres proies affaiblies, celui-ci s’attaquera éventuellement aux plus jeunes parmi les troupeaux s’ils sont mal protégés par les adultes. Ces pertes seront compensées par l’importante capacité reproductrice des ongulés qui, comme ont pu l’observer les biologistes, sans le loup, proliféreraient et surpâtureraient leur territoire.

L'observation scientifique révèle que les proies du loup sont presque toujours les individus malades ou très faibles. Ce qui assure la santé du troupeau. Ph.: T. Walker

Il ne s’agit pas non plus d’affirmer que les populations du couple prédateur-proie s’harmonisent toujours dans un parfait équilibre. Il est arrivé, au début des années 70, à l’Isle Royale, dans le lac Supérieur, après quelques hivers rigoureux, que des troupeaux de cervidés, affaiblis, déclinent tandis que le loup, parallèlement, se multipliait. La situation empira durant une bonne dizaine d’années. Mais, finalement, c’est la population des loups qui commença à décroître considérablement. Ceci démontre que les forces stabilisatrices qui s’activent lors des inévitables fluctuations des ressources et des conditions ne peuvent se concevoir que sur des périodes prolongées, même si le loup semble précipiter vers le déclin sa propre source de nourriture. Nous parlerons pour ces déclins de phases descendantes de cycles naturels auto-gérés. Cycles longs et incertains auxquels l’homme, faute de patience, a souvent cru qu’il pouvait se substituer, armé de légitimations culturelles et inconscientes, en supprimant le loup.

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2004 Association www.loup.org / Benjamin Moriamé