L'homme nuit gravement à l'équilibre
des écosystèmes
A ce moment de l'histoire où l'homme s'est séparé du loup, il n'a pas seulement renoncé à un ami. Nombre de changements sont allés de pair avec cette rupture. L'homme a cessé d'être un prédateur. Il a choisi de "stocker" - mot-clé au départ de l'économie. C'est seulement à partir de cette époque que les historiens commencent à observer des traces de guerres. Mais surtout, à partir de cette époque, les animaux qui étaient jusqu'alors les proies des hommes deviendraient du bétail. L'homme est le seul prédateur qui rend ses proies plus bêtes et moins agiles. Le seul qui a rompu le cours de l'évolution. Et aujourd'hui seulement il commence à s'inquiéter. Il a peur des conséquences qui se répercutent, finalement, à son encontre. Mais, une foule d'espèces ont disparu. Des milieux entiers ont été détruits. Les équilibres ont été bouleversés. Des équilibres autrefois gérés par le loup.
L'homme ne peut remplacer un prédateur pour gérer l'équilibre naturel. Il y a bien longtemps qu'il ne joue plus ce rôle. Il est un danger. Ph.:www.mijocama.ca
L'homme n'agit plus en prédateur responsable - Les affres de la sélection artificielle
L'homme n'agit plus en prédateur responsable

La faune a toujours eu besoin de son prédateur. La disparition du loup a entraîné un recul presque total de la forêt. Seul le chasseur a pu entretenir artificiellement la présence d'une vie qu'il croit sauvage. Il se flatte d'ailleurs souvent d'être un régulateur indispensable. C'est sa raison d'être. Mais au lieu d'éliminer les proies faibles, comme le ferait un autre prédateur, le chasseur cherche les plus beaux trophées. Par ailleurs, son fusil ne laisse pas place au duel. Il n'y a plus de combat pour la vie. Il en résulte un affaiblissemnt des espèces. Il rend les troupeaux apathiques, comme les aiment les chasseurs et le tourisme.

En Europe, dans de vastes zones où il y a place pour le loup, son absence se fait durement sentir par un phénomène de surpâturage que les chasseurs sont bien en peine d’enrayer. La flore souffre de la présence non régulée de troupeaux d'ongulés. Le chasseur, quoi qu'il en dise, ne peut substituer à la chasse sélective d'un prédateur, son tir implacable. Le loup, comme agent de l’équilibre naturel, manque cruellement à nos biotopes artificiels. « La nature sauvage sauvera le monde », disait Thoreau. (SAVAGE, 1996, 26). Nous avons une dette énorme vis-à-vis de la terre qui nous porte et du monde sauvage. La survie du loup, capable de restaurer les équilibres, et son retour dans nos forêts et campagnes, apparaissent, dès lors, comme le pardon et la seconde chance que nous accorde la nature.

Les affres de la sélection artificielle

Domestiquer, c'est "s'approprier" la nature sauvage. Lorsque l'homme s'est arrêté de chasser et a transformé ses proies en bétail, il a entamé un processus, contraire à la nature, que l'on pourrait définir comme "sélection artificielle". L'homme a stoppé net l’évolution naturelle d'un grand nombre d'espèces ; vaches, chevaux, chèvres, chiens,…, n'ont plus d'autre fonction que de répondre aux besoins ou aux désirs de l’homme. C'est ce qui amena Milan Kundera à parler de l'homme en tant que " parasite de la vache" (KUNDERA, 1996, 418). De même, l'homme a créé de toute pièce son meilleur ami, le chien, à partir du loup.

L’argumentation de Descartes en faveur d’une nature domptée par l’homme et peuplée de « machinae animatae », ainsi définies par lui-même, a été particulièrement précieuse et bien exploitée par l’Eglise catholique et les hommes peu scrupuleux. L’homme a formaté le monde à sa convenance, sur base de l’exclusion de la vie sauvage. Il a opéré sa sélection artificielle ; le loup n’en faisait pas partie. L’effet constaté sur les chiens, comme sur chaque espèce domestiquée, en comparaison de son ancêtre sauvage est édifiant. Les origines des relations entre l’homme et le chien remontent à deux millions d’années environ au Moyen-Orient, ce qui fait du chien le plus ancien compagnon de l’homme, bien avant les vaches et les chevaux. A partir de là, les scientifiques s’accordent à reconnaître comme effet de la domestication l’intelligence moindre du chien par rapport à son ancêtre. Il est bon de se demander s’il n’en va pas de même pour l’être humain ! Beaucoup d’animaux déjà ont perdu leur âme et leur liberté pour devenir de véritables « machinae animatae »; le monde a donné raison à Descartes.

Le résultat de la domestication est toujours une perte de facultés physiques et mentales. Du chien au loup, la ressemblance à l'homme est aussi observée. Ph.: IWFEA

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