L'avenir du loup menacé par la commission
N'accepter la présence du loup que dans les zones où il n'y a pas ou peu d'élevage, donner aux maires la mission d'autoriser l'élimination d'un loup, permettre aux éleveurs d'abattre celui-ci de leurs propres fusils et, en attendant l'éradication, doter ces derniers d'une "indemnité compensatrice de prédation", en plus d'une indemnisation complète et inconditionnelle pour chaque attaque classée "grand canidé". Tels sont les maîtres-mots de la commission d'enquête parlementaire sur la présence du loup en France et l'exercice du pastoralisme en montagne dont le rapport a été remis aux mains du Parlement en mai 2003. Les travaux de la commission ont d'ores et déjà été adoptés par l'Assemblée malgré l'abstention des socialistes. D’un point de vue sanitaire, mais aussi pour le bien-être des animaux et de l’éleveur lui-même, ou face aux dangers que représentent les chiens errants et les pentes escarpées des pâturages, les moutons ont besoin d’un berger. L’élevage extensif, avec ses troupeaux de plus de 2000 têtes, n’est pas durable. Les troupeaux sont impossibles à protéger. Les meilleurs chiens n’y suffisent pas. Mais, loup ou pas loup, peut-on y renoncer ?
Le titre même du rapport de la commission d'enquête ne laisse pas présager d'une grande impartialité. Tout comme son contenu. Il est disponible sur :
www.assembl
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Le parlement français crie au loup - Une commission bourrée d'a priori - Un rapport incohérent

Le Parlement français crie au loup

"Priorité à l'Homme!", voilà ce qu'annonce sans embarras MM. Christian Estrosi (député UMP, président de la commission) et Daniel Spagnou (rapporteur de la commission) en guise d'intitulé à leurs travaux. Pour sa publication, le "rapport au nom de la commission sur les conditions de la présence du loup en France et l'exercice du pastoralisme en montagne" a été rebaptisé par ses rédacteurs. Celui-ci s'intitule désormais "prédateurs et pastoralisme de montagne : priorité à l'Homme". Ce document affiche donc d'entrée une réponse péremptoire à une question à laquelle il lui était seulement demandé d'apporter des arguments. Au parlement de se prononcer ensuite. Après, chacun jugera de l'opportunité de la majuscule à "Homme". Pour un document officiel de l'Etat français, cela a au moins le mérite d'être étonnamment direct. (Le rapport est disponible sur le site officiel www.assemblee-nationale.fr)

Une commission bourrée d'a priori

En réalité, le rapport n'est pas aussi honnête qu'il veut bien l'afficher. A la lecture de celui-ci, ce n'est pas la priorité mais bien l'exclusivité qu'il entend octroyer à l'homme aux dépens du loup, de la nature et de la faune sauvage. Beaucoup d'éléments préfiguraient déjà à la création de la commission. L'acte fondateur de celle-ci ne cache pas les préjugés de M. Estrosi : le loup aurait été réintroduit (le contraire est prouvé scientifiquement), les mesures de protection des troupeaux ne seraient pas efficaces (les spécialistes s'entendent à assurer qu'ils le sont), le prédateur ferait disparaître ses proies (biologiquement absurde) et la Convention de Berne permettrait d'abattre des loups dans le Mercantour (une interprétation naïve ou malhonnête de la législation, à voir dans le chapitre consacré à la législation). Le seul choix de M. Estrosi, défenseur inconditionnel des éleveurs depuis le retour du loup, comme président de la commission, démontre que cette commission poursuit un but précis : celui de son instigateur, M. Estrosi. Il va de soi que le thème "loup" est politiquement porteur par sa teneur en éléments inconscients, phobogènes et passionnels.

La commission ne croit pas en l'efficacité des chiens de protection.
Photo: B. Moriamé

Un rapport incohérent

La principale incohérence du rapport tient dans le principe du "zonage", c'est-à-dire le principe selon lequel on pourrait désigner des zones où les loups seraient "tolérés" et d'autres où ils pourraient être abattus. Non seulement la législation européenne ne le permettrait pas (la population de loups dans le Mercantour est bien trop faible), mais ce principe est simplement inapplicable. Le loup est un grand voyageur qui occupe un territoire très vaste, mais surtout, il ne connaît pas de frontières. S'il des loups pouvaient être abattus dans certaines zones, cela reviendrait à dire qu'ils peuvent l'être tous.

La commission d'enquête anticipe également sur les impossibilités juridiques de ses propres propositions. Elle demande au gouvernement de "renégocier au niveau européen les conditions pour lesquelles la France pourra se protéger de l'expansion prévisible". Elle laisse donc entendre qu'elle va demander à l'Europe, pour les trente loups de France, des dérogations aux convention et directive qui protègent l'espèce. Ceci alors que l'Espagne (2000 loups) et l'Italie (600) se passent très bien de celles-ci. Finalement, pour éviter d'être à nouveau contredite, la commission demande à l'Etat de "rompre avec une certaine forme de cogestion du Ministère de l'écologie et du développement durable par les associations de défense de l'environnement". Il n'en reste pas moins que, quand la Chambre d'Agriculture des Alpes-Maritimes tente de faire sa loi, les ONG s'estiment autorisées à exercer leur faible influence.
La commission laisse entrevoir que les Alpes de la vallée de la Vésubie ne veulent pas du loup. Ph.: B. Moriamé

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2004 Association www.loup.org / Benjamin Moriamé