Coût et ampleur des dégâts du loup

Le retour du loup a déjà causé de nombreux dégâts dans les zones d'élevage qu'il a recolonisées. C'est bien là le noeud du problème. Depuis son retour, le loup a été accusé de la mort de plus de 5 000 victimes. Les moyens de protection à mettre en oeuvre coûtent cher également. Un budget doit aussi être investi dans la recherche. Si le coût du retour du loup représente peu de choses pour l'Etat français, il se paye parfois très cher pour les éleveurs qui exercent dans une "zone à loups". Mais c'est bien à l'Etat qu'il revient de prendre en charge ces coûts. Le retour du loup en France a un prix qui ne peut être payé par les seuls éleveurs. Les exemples de l'Italie et de l'Espagne montrent que la France pourrait même rentrer dans ses frais en faisant du loup un label pour les produits locaux et une attraction touristique.

Cette brebis a subi une attaque classée "grand canidé". Loup? Chien? Nul ne peut le dire.
Photo : www.chassenature.ch
Mille moutons par an - Des chiffres pour relativiser - Peut-être un jour 30 loups

Mille moutons tués par an

Selon les notes des gardiens du parc national du Mercantour chargés des constats, le loup de l'arc alpin français aurait fait 7028 victimes (directes ou indirectes), soit, en moyenne, un millier par an, entre le 1er janvier 1994 et l'année 2002 (avant 94, il n'y avait encore que 2 loups et pas de constat). On peut d'ores et déjà supposer que cette moyenne de 1000 victimes par an n'a pas augmenté en 2003 puisque le nombre de loups, quant à lui, est en diminution depuis l'année 2001. Une diminution que l'on doit probablement en partie au braconnage, c'est-à-dire au tir, au piégeage et à l'empoisonnement de loups et louveteaux (voir la page consacrée : "Retour du loup, retour des persécutions").

Plus précisément, le parc a procédé à environ 1665 constats en 7 années (à peu près 230 par an) :

1) 4568 victimes sont mortes directement sous les crocs du prédateur.

2) 829 ont été tuées indirectement, dans la panique, lors de chutes ou étouffées par les autres dans les filets de contention (clôtures mobiles).

3) 1634 victimes s'en sont tirées blessées par le prédateur.

4) 7 seulement ont été blessées dans leur fuite ou d'autres conséquences de la prédation.

5) 3 millions et demi d'euros, c'est le total approximatif des coûts cumulés de l'indemnisation, des subventions et de la recherche pour le loup chaque année.

Environ 7000 moutons ont été victimes du loup dans le Mercantour en 7 années. Ph.: B. Moriamé
PRUDENCE - Les chiffres qui valent à l'échelle de la France ne peuvent servir qu'à mesurer les coûts pour l'Etat et les citoyens français. En ce qui concerne les éleveurs qui vivent dans les zones à loups, il ne faut pas oublier qu'ils subissent, sur un territoire restreint, la totalité des dégâts nationaux.

1) 1000 moutons victimes du loup par an sur 10 millions de moutons en France, cela représente 0,01% du cheptel national.

2) Plusieurs millions de moutons vont à l'abattoir chaque année pour nourrir l'homme. Le loup ignore bien sûr le concept de "propriété" que certains aimeraient revendiquer.

3) Le budget consacré à l'indemnis0ation des dégâts causés par le loup, aux subventions pour que les éleveurs se munissent de moyens de protection et à la recherche sur le loup coûte à chaque citoyen français 0,06 € par an. Dans le même temps, les subventions à l'agriculture française s'élèvent chaque année à 11 milliards d'euros, soit 188 € par citoyen.

4) 200 000 moutons environ sont tués par des chiens chaque année, selon des chiffres de France Nature Environnement (FNE : observatoire du Ministère de l'environnement).

5) A peu près 200 000 également (FNE) succombent de maladies. Le plus souvent : la brucellose ovine, la fièvre aphteuse ou autres "incidents" sanitaires.

6) Plusieurs centaines de milliers (FNE) périssent encore, chaque année, dans des dérochements (chute massive derrière une barre rocheuse d'un troupeau ou d'une partie laissée sans surveillance).

7) 90% des attaques (selon un "rapport sur le loup en France en 2003" de la WWF, le "Groupe Loups France" et la "SPA") surviennent sur des troupeaux laissés sans aucune présence humaine ou de chiens.

Des chiffres pour relativiser

Ce ne sera sans doute jamais le grand amour entre loup et élevage, mais un compromis peut être envisagé. Illustration: M. Prechtl
PAYS TAILLE DU CHEPTEL NOMBRE DE LOUPS
FRANCE
9 400 000 têtes
30 loups
ESPAGNE
24 260 000 têtes
2000 loups
ITALIE
11 000 000 de têtes
700 loups

Peut-être un jour 30 loups dans le Mercantour

Finalement, la statistique à retenir, c'est "30": le nombre de loups que peut accueillir le parc national du Mercantour, d'après un biologiste et garde-moniteur du parc, chargé du suivi des espèces protégées. Il s'agit là d'un maximum que le loup ne saurait dépasser compte tenu de la faune sauvage que le parc contient actuellement (puisque le loup régule sa démographie en fonction de cette donnée essentielle à sa survie). Dès lors, il n'est pas de raison de craindre un accroissement démesuré des dégâts dans les années à venir. La population actuelle (2003) du loup dans l'arc alpin français est de 15 loups. C'est trois de mieux que l'année précédente, mais c'est aussi quatre de moins qu'en 99 alors que la population aurait dû continuer la lente expansion qu'elle poursuivait depuis 92. Les 30 loups dans la zone du Mercantour ne sont donc encore qu'une projection. En attendant, on peut regarder vers l'Italie qui protège avec succès et sans mal environ 700 loups ou l'Espagne qui en contient plus de 2000. Il faut dire que là-bas, on ne parle plus de son coût depuis que l'image positive qu'on lui a accordée en a fait une attraction touristique plus que rentable.


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2004 Association www.loup.org / Benjamin Moriamé