Indemnités aux éleveurs victimes du loup
L'Etat français prévoit des compensations en cas d'attaques classées "grand canidé". Nul ne peut dire, pas même les spécialistes chargés des constats, qui du loup ou du chien est responsable d'une attaque. C'est pourquoi les attaques sont classées "grand canidé"s'il n'existe pas de preuve de la responsabilité de l'un ou l'autre. Mais si le loup est presque toujours montré du doigt, les chiens errants sont, 100 fois plus souvent (selon France Nature Environnement), les véritables responsables.
La peur du loup dans la bergerie est un stress constant. Sur les pâturages, il est décuplé. Ce stress, tant pour l'éleveur que pour les animaux, n'est pas véritablement indemnisé. Photo: B. Moriamé
Cependant, ces chiffres qui valent pour l'ensemble du territoire français ne sont pas vaables pour des zones à loups comme le parc du Mercantour. Par ailleurs, le conflit subsiste sur la suffisance (ou non) de ces indemnisations. Des éleveurs estiment encore ne pas recevoir une indemnité équivalente à leurs pertes.
Le loup, toujours suspect numéro un - Les limites de l'indemnisation
Le loup, toujours suspect numéro un
Des compensations financières sont prévues pour les éleveurs ayant subi des dommages de la part du loup. En France, l’argent provient du Fonds national pour la nature et l’environnement financé par le ministère de l’environnement : environ 100 euros par brebis tuée ou mortellement blessée, 82 euros pour un agneau et plus de 300 pour un bélier. Ces indemnisations couvrent également des dommages indirects, tels que le stress (0,70 euros par brebis, plafonnée à 300 têtes) et autres préjudices qui sont un manque à gagner pour les éleveurs.
Malheureusement, certains en profitent et déclarent systématiquement le loup coupable de tous les dégâts. Or, d’autres chiffres révélés par Science et Vie montrent que pour une année (1995), pour 272 moutons tombés sous leurs crocs et 169 blessés, 5000 sont morts tués par la foudre et 700 000 par des chiens errants, sans compter les diverses maladies. Selon les éleveurs, on aurait dépassé le millier en 2001. Des chiffres difficiles à confirmer. (EYLES, 1996, 86).
Mieux vaut prévenir que guérir. L'Etat, qui indemnise les attaques, subventionne également les éleveurs afin que ceux qui le souhaitent puissent se procurer des chiens de protection. Ph.: B. Moriamé
Ainsi, des spécialistes sont chargés de déterminer si une dépouille est bien l’œuvre du loup et, dans le doute, elle est considérée comme telle par le système de compensation. Ceci a déjà permis de mettre en évidence la fraude de certains éleveurs. L’un d’entre eux par exemple, utilisait une mâchoire de loup pour simuler ses morsures sur les cadavres de son troupeau. Malheureusement pour lui, il a été déjoué car la mâchoire en question provenait d’un loup d’Amérique. Dans les Alpes-Maritimes, on l’a vu, cela ne se passe pas aussi bien.

Les limites de l'indemnisation

Si les spécialistes s'accordent à dire que les animaux victimes d'attaques sont indemnisés en général plus qu'à hauteur du prix que l'éleveur aurait pu en retirer à la vente, cela ne veut pas dire pour autant que les indemnités sont pour eux suffisantes. En effet, dans le cas où l'éleveur perd l'une de ses meilleures brebis - imaginons qu'elle lui donne deux beaux agneaux par an -, il lui sera très difficile, voire impossible, de retrouver une aussi bonne brebis avec l'indemnité. La nouvelle brebis pourrait ne lui donner qu'un seul agneau très faible chaque année. De plus, il arrive que de nouvelles têtes ne s'intègrent pas du tout au troupeau, de sorte que l'éleveur se retrouve avec des brebis isolées.


Si la perte d'une brebis est indemnisée, les deux beaux agneaux qu'elle aurait pu donner ne le sont pas. Ph.: B. Moriamé

D'autre part, le stress causé par une attaque aurait, selon les éleveurs, des conséquences extrêmement néfastes sur l'ensemble du troupeau, peut-être sauf mais pas forcément sain. L'avortement de brebis, un mal-être psychologique, l'amaigrissement des agneaux et autres dégâts indirects seraient des conséquences qui causent un préjudice lourd qui n'est pas ou peu pris en compte pour les indemnisations (rappel : le stress des animaux, même ceux qui n'ont pas subi directement les attaques, est dédommagé à hauteur de 0,70 euro par tête). Cependant, les liens établis par certains éleveurs entre avortements ou mauvaise santé des brebis et prédation n'est pas prouvé scientifiquement.

Association www.loup.org

2004 Association www.loup.org / Benjamin Moriamé