Les moyens de protection:
la clé ou l'impasse
Les éleveurs du Mercantour clament l'incompatibilté entre le pastoralisme et la présence du loup. Des moyens existent néanmoins pour protéger les troupeaux. Les quatre principaux sont les clôtures de contention, les chiens de garde, les cabanes d'observation et la présence humaine. Chacun de ces moyens possède des avantages et des inconvénients. Passage en revue.
Le gouvernement français, via le programme "life-loup" a décidé de subventionner entièrement quatre mesures de protection. L'efficacité ou non de celles-ci doit pouvoir déterminer s'il existe une réelle compatibilité entre loup et élevage dans le Mercantour. L'emploi de chiens de protection des troupeaux est le système est le plus populaire et le plus efficace. Les filets de contention électriques permettent, dans la plupart des cas, de rassembler, et donc de surveiller, les brebis durant la nuit. Les aides-bergers, mis à disposition des éleveurs, peuvent les soulager dans leur tâche. Les cabanes pastorales pourront abriter les éleveurs en alpage. Mais tous ces systèmes ont leurs propres limites d'efficacité et leurs difficultés d'utilisation. Les hommes de terrain admettent tous que le risque zéro n'existe pas. S'il est possible de minimiser les risques et les dégâts, il y aura toujours des brebis mangées par des loups, des chiens ou autres prédateurs.
Les chiens de protection sont sans doute le meilleur moyen pour les éleveurs, après leur propre présence, pour prévenir les attaques de loups. Bien sûr, leur tâche se complique avec la taille toujours croissante des troupeaux. Photo: B. Moriamé
Les chiens sont les plus efficaces - Les filets de contention électriques - Les cabanes et les aides-bergers
Les chiens sont les plus efficaces

Les chiens de protection constituent le moyen de protection le plus efficace selon les spécialistes. Leur point faible consiste dans les contraintes et les soucis qui les accompagnent. Ces chiens coûtent, en moyenne, 450 € à l'achat et 1000 € de soins, chaque année (sans oublier que, jusqu'à présent, ces coûts sont pris en charge par le plan "Life"). Un chien est nécessaire pour 200 brebis, même s'il n'est pas rare de voir un seul chien pour 1000 brebis. D'un point de vue plus pratique, le chien de protection, qu'il s'agisse d'un chien patou (le plus courant dans le Mercantour), d'un Maremme Abruzzes, du Mâtin espagnol, du Berger d'Anatolie ou du Dogue du Tibet…, possède ce défaut et cette qualité qu'il ne tolère aucun intrus dans le troupeau. Dans de nombreux cas, cela a occasionné des problèmes entre les éleveurs et les touristes ou tout qui s'approchait du troupeau.

Certains éleveurs acceptent mal la présence de chiens dans leur troupeau. Les brebis elles-mêmes n'y sont plus toutes habituées et réagissent parfois mal quand un chien joue dans leurs pattes ou court au beau milieu du troupeau. Aussi, les chiens, et c'est leur fonction, ont coutume d'aboyer au moindre signal, ce qui a le don d'agacer certains éleveurs et, à chaque fois, de stresser les brebis, chose qui, paraît-il, se paye en kilos de viande à l'arrivée, pour l'éleveur. Enfin, pour être efficace, le chien de protection doit être élevé avec le troupeau. Ce à quoi les éleveurs rétorquent qu'ils sont éleveurs de moutons et non éleveurs de chiens.

Comme le rappelle le coup de tête de cette brebis, il n'est pas toujours facile d'élever des chiens avec le troupeau. Ph.: B. Moriamé
Les filets de contention électriques

Les filets de contention électriques doivent, selon les spécialistes, être complémentaires à la protection des chiens. Première limite : la plupart des terrains d'estive sont en pente, rocailleux et parsemés de barres rocheuses, ce qui rend difficile l'installation de ces clôtures. Mais surtout, il convient de rappeler que l'intérêt de l'estive est la possibilité pour les brebis de brouter sans cesse et de goûter un échantillon de liberté (à des fins commerciales, bien sûr). L'enfermement, même la nuit, est contraire à ce principe même. Le temps que l'éleveur prend pour réunir ses moutons le soir (2h) et les disperser le matin (1h), ceux-ci marchent et ne se nourrissent pas. Cela se solde par un amaigrissement évalué à 3 ou 4 kilos par agneau. Pour les éleveurs, cela constitue un manque à gagner : sachant que l'agneau se vend à environ 2 € 50 le kilo, sur des troupeaux de plusieurs centaines d'agneaux, la perte financière est lourde.

Mais finalement, ce qui retient davantage l'attention, c'est la question du bien-être animal. Ceux-ci ont besoin – sans doute aurait-il fallu y penser avant – non seulement de liberté, mais aussi, tout simplement d'un espace sec pour dormir. Or, s'il fait pluvieux, le troupeau amassé dans un espace clôturé, finit par patauger dans la boue. Cela occasionne fréquemment aux animaux des maladies comme le "piétin" (infection du pied).
Finalement, il devient très difficile pour les éleveurs de sortir les moutons de la bergerie pour les mener vers les alpages. C'est pourtant la nature même du pastoralisme. Ph.: B. Moriamé
Les cabanes pastorales et les aides-bergers

La cabane pastorale peut être aménagée sur un pâturage à la seule demande de l'éleveur. Elle lui permettra de garder un œil sur son troupeau en estive, à l'abri du vent, de la pluie et du froid. Cependant, ces cabanes ne font que 7 mètres sur 7. "Il ne reste pas grand-chose une fois qu'on y a entreposé le matériel et la nourriture des chiens", explique Michel Barengo, éleveur de 1600 moutons. Reste la mise à disposition d'aides-bergers, encore une fois à la demande des éleveurs. Si ceux-ci sont rémunérés, (trop?) modestement, par le programme "Life", ils doivent néanmoins être pris en charge, nourris et logés par l'éleveur. Cela se passe généralement bien mais n'en est pas moins contraignant. Mais surtout, leur compétence est toujours aléatoire.
A l'arrivée, force est de constater que l'on ne peut laisser porter par les seuls éleveurs les contraintes que fait peser sur leurs épaules le retour du loup sur les alpages. Le renouvellement et, peut-être, le renforcement des aides sont une condition incontournable en vue d'une cohabitation durable entre loup et élevage.

Association www.loup.org

2004 Association www.loup.org / Benjamin Moriamé