Le loup parmi les nouvelles peurs

Au XXIème siècle, on s’aperçoit avec horreur d’un échec important dans l’entreprise humaine : on n’a pas pu éradiquer la peur ! Tous les espoirs, jusqu’ici reposés sur la science, s’effondrent peu à peu. Il est courant d’entendre que, si les peurs changent, la peur reste ! Celle-ci ne se porte plus aujourd'hui sur des éléments naturels, mais bien sur les entreprises par lesquelles l'homme s'est dressé contre l'Ordre de la Nature. C'est pourquoi, afin de remédier à ces peurs tout à fait rationnelles, des mesures commencent timidement à être prises au niveau international. C'est bien là que se rejoignent les anciennes et les nouvelles peurs : le monde sauvage, jusqu'alors terrifiant, apparaît comme fragile. Le loup dont on a voulu à tout prix se protéger pendant des centaines d'années devient une espèce à protéger pour sauvegarder les équilibres naturels et la bio-diversité. Pendant ce temps, à en croire les spécialistes la peur du loup perdure dans nos inconscients. De son côté la rumeur, alimentée et relayée par les médias, utilise et entretient les peurs. Jusqu'où?


Les peurs changent, la peur reste -
Le loup est mort, vive la peur
Les peurs changent, la peur reste
Le loup paraît dérisoire face à certains dangers actuels. Pourtant, la peur du loup trouve toujours sa place parmi les menaces nouvelles. Image: www.officieldela-
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Avant le XXIème siècle (celui-ci étant marqué par l’épouvante des guerres), la plupart des malheurs des hommes, et donc leurs peurs, étaient dus aux caprices de la nature : modifications climatiques, raréfaction des proies ou des récoltes, vulnérabilité vis-à-vis de la faune, épidémies… L’homme a voulu se débarrasser de sa peur quotidienne. Mais au XXIème siècle, la peur a-t-elle disparu ?
Les peurs et menaces nouvelles concernent aujourd’hui un enjeu beaucoup plus universel : pas seulement l’écologie, mais aussi l’homme et la Nature au plus profond d’eux-même ! Si auparavant la peur avait pour objet la vie d’hommes, elle se porte de nos jours sur la vie « des » hommes ou de l’Homme. Les dérèglements de la Nature nous concernent tous. Pas un homme n’échappe aux lois de la Nature. Pas un être vivant ! La Nature est une entreprise universelle dont nous faisons tous partie !

Pollution de l’air, des mers (Erika, Prestige…), de la terre (déchets nucléaires), accidents industriels (Minimata, Sévéso, Bhopal, Tchernobyl…), catastrophe sanitaire de l’élevage intensif (vache folle, dioxine, peste aviaire...), OGM, clonage, désertification, criminalité financière... Voilà les peurs d’aujourd’hui ! Ne sont-elles pas au moins aussi inquiétantes que les peurs d’antan ? Et c’est cela que l’on nomme progrès ? « Quel progrès ? N’est-ce pas plutôt le résultat d’une conception exponentielle de la croissance ? D’un délire productiviste proprement irrationnel ? ». (RAMONET, 2001, 7). Dans cette conception, il semble que la rationalité ait succombé à son propre culte.
Le loup est mort, vive la peur

Les nouvelles propositions pour l’agriculture s’entendent sur un consensus en trois piliers : « meilleure garantie de la sécurité sanitaire des aliments, multifonctionnalité (terme consacré pour désigner la protection de l’environnement, des paysages, de l’emploi rural, de l’aménagement du territoire et du bien-être animal) et développement durable... » (BERTHELOT, 2001, 39). C'est dans ce cadre que devra s'appliquer la prochaine réforme de la PAC (politique agricole commune) pour répondre aux attentes des citoyens, ou, en l'occurence, à leurs nouvelles peurs.

La peur du loup est en passe de se muer en peur de l'absence du loup. Légitime inquiétude pour les équilibres naturels. Ph.: www.ups.gov
Il s’agira pour l’homme de cesser ses protestations systématiques contre l’ordre de la Nature, de refuser toute douleur (effort compris), afin de retrouver une véritable dignité humaine. « La recherche, la transformation de la Nature, la transgression des interdits sociaux antérieurs sont alors légitimes et féconds s’ils témoignent d’une humanité en train de grandir et non de régresser. » (VIVERET, 2001, 96).

Ainsi, la peur qui accompagne aujourd'hui le loup est-elle contradictoire. De quoi a-t-on le plus peur aujourd'hui ? Du retour d'un prédateur disparu? Ou de l'extinction progressive de la nature sauvage, de la biodiversité et des équilibres naturels, accompagnée d'une gestion sanitaire de plus en plus douteuse des animaux domestiques ? Il faudra faire des choix.

A partir de là, les questions soulevées par les nouvelles peurs trouveront de nouvelles réponses.

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2004 Association www.loup.org / Benjamin Moriamé